« Lave-toi, tu pues », m'ordonna-t-il, et sa voix était basse et un peu fatiguée, mais je n'ai pas décelé de colère, de contrariété ou un quelconque nuage qui aurait assombri davantage le ciel mauvais que cet impératif tendait au-dessus de l'odeur de mes mains salies.
J'en profitai pour maugréer un peu jusqu'à ce qu'une gifle me retourne, partie depuis son bras au repos juste avant encore, et je me servis de cet élan pour sortir de la grotte et marcher jusqu'au ruisseau.
L'herbe poussait drôlement vite par ici ; je pouvais presque la voir monter, mais le soleil et sa putain de sécheresse les cramaient encore plus vite, ce qui vous faisait marcher sur une montagne pelée entre de longs poils épars, et ça me donnait la vague impression d'être juchée sur le dos d'un immense chien jaune bouffé par une pelade.
Je lavai, frottai et rinçai le sang partout où il avait giclé, et je savais que s'il avait levé la main sur moi pour la première fois de sa vie, c'était parce qu'il n'avait pas supporté que je tue à sa place. La dépouille nous avait nourris cinq jours durant et donné assez de force pour marcher loin de la maison où Rosa dessinait encore ses modèles, et il disait qu'une gamine comme moi ne méritait pas une telle déchirure mais qu'il n'avait pas le choix, bordel, que la quitter ne devait pas impliquer forcément de me perdre.
La brûlure de la gifle, je m'en foutais, mais le bourdonnement persistant à mon oreille me préoccupait sérieusement. Il était hors de question que j'aie une perte d'audition.
Je voulais pouvoir jouer bientôt, pincer les cordes et gueuler les textes qu'il avait écrit avant ma naissance, et qu'un public captif hurle avec moi ses paroles et le venge de tout ce qu'elle et moi lui avions fait manquer.
En rentrant dans la grotte, où le feu sifflait et crachotait doucement, je vis les lumières et les ombres du sommeil s'engueuler sur son visage.
Je m'allongeai contre lui, empoignai une mèche de ses cheveux et m'endormis comme une brute.
J'adore ce texte, bordel de merde. Là, vous m'agacez un peu... Y a des trucs que j'aurais voulu écrire, comme "La brûlure de la gifle, je m'en foutais, mais le bourdonnement persistant à mon oreille"... j'aime quand dans une même phrase plusieurs sensations différentes se tiennent. Ici, la chair endolorie et un effet collatéral : le bourdonnement qui complète la première sensation... et qui enchaîne sur une réalité hypothétique : la perte de l'audition. Et tout ça en une phrase.
RépondreSupprimerMais comme tout le texte est à l'avenant et que j' suis feignant, j' vais m'arrêter là pour aujourd'hui. Je r'viendrai.
Est ce que je me trompe ? Il me semble que de ma première lecture à la seconde "le chien jaune bouffé par une pelade" a perdu son appétit que j'aimais particulièrement. Par contre, je ne suis pas convaincue pas "partie depuis son bras au repos le long de lui juste avant encore" qui me perd complètement. Je dirai que "le long de lui" est une précision inutile qui alourdit la lecture.
RépondreSupprimerSinon, on retrouve la violence physique sous-jacente parfois qui habite plusieurs de tes textes. Et puis il y a Rosa, et ça...
ouf, j'ai mal à la gifle et j'entends plus ... vais me requinquer
RépondreSupprimerVous êtes beau quand vous jurez, Pittau.
RépondreSupprimer(Bon ben... merci...)
Frédaime, oui, j'ai modifié un ou deux trucs (tu dors la gueule sur Netvibes ou quoi ?)
et je réfléchis à tes remarques, car je suis assez d'accord avec toi.
Brownie, c'est pas un peu tôt pour les mojitos ?
crois tu que cela marche comme cela, dans la Haute
RépondreSupprimerSociété ? je voudrai être souris pour me renseigner.......
belle journée :**
aime beaucoup : "les lumières et les ombres du sommeil s'engueuler sur son visage." entre autres. Joli!
RépondreSupprimerPareil pour le "bras"...
RépondreSupprimer(Trop explicatif) pas assez concis à l'image de ton style...
Mais ce que Jean dit (;o)
... Sinon,
on-ne-ta-pe-pas-sur-les-fi-filles !!!
Bon... en ce qui me concerne, ce n'est pas la gifle qui m'a fait le plus mal. C'est superbe en effet! J'ai beaucoup aimé ce passage sans heurt mais surprenant, ces allers et retours plutôt, entre un monde primitif et un autre (tout aussi primitif?). Et la violence, couronnée par "comme une brute"... Et par-dessus tout, l'amour, de l'amour partout.
RépondreSupprimerEt puisqu'il semble qu'on puisse donner son avis (adoraaaaaable Frédérique!), ce n'est pas le bras qui me gêne tant, voire pas du tout, mais "drôlement","putain", "perte d'audition". Mais ce que j'en dis n'est-ce pas!
@Patriarch : dans la haute quoi ? Pourquoi ce texte te fait-il penser à la division des classes sociales ?
RépondreSupprimer@Sanchez : Merci.
@Luc : l'ai raccourci, Abraracourcix :)
@Depluloin : pour l'amour partout et pour "comme une brute", je vous épouserais presque, tiens. (oui, j'adore la demi-mesure)
Et bien sûr qu'on peut donner son avis, il ne manquerait plus que cela, est-ce que je me gêne moi d'ailleurs sur vos blogs respectifs ? Tant que c'est dit poliment et argumenté, je prends. :o)
Qui fait la bête fait l'ange, aussi.
RépondreSupprimerCh'ai pas pourkoi j'ai les larmes aux yeux, là !? …
RépondreSupprimerBah ! pas d'arguments littéraux…
Juste « L'herbe poussait drôlement vite par ici » qui m'a sciée.
Et pour faire bref : lu.
mim'
… Relu « je vis les lumières et les ombres du sommeil s'engueuler sur son visage. »
RépondreSupprimermim'
Pepito a relu, Pepito a fondu.
RépondreSupprimerDu chocolat de déesse !
J'aime aussi beaucoup la dernière phrase. La construction en triptyque me ravit. On croirait entendre les volets claquer, puis le silence.
RépondreSupprimerAdS, j'ai mis un contrat sur vot' tête. Faites vos adieux, vos jours sont comptés.
Ah, Depluloin,quand vous dites adoraaaaaable Frédérique, on dirait un prince russe.
RépondreSupprimerBon, ici à chaque fois qu'on lit on s'en prend des bonnes en pleine joue.
RépondreSupprimerUne bonne claque, ce texte, ouip, mais qui me colle un grand sourire. (J'engage des ninjas pour te protéger des tueurs à gage de Monch', non mais.)
RépondreSupprimerPatrick Verroust:
RépondreSupprimer"partie de son bras au repos , le long de lui" ne gène pas, au contraire. Ce bout de phrase assez longue marque la surprise, l'amour pour ce corps observait avec intensité, l'acceptation de la gifle.Par contre, je trouve que le "il est hors de question que j'aie une perte d'audition" m'apparait trop rationnel , pas assez émotionnel. Il y manque de l'angoisse de la peur.
Le "elle et moi ,lui avions fait manquer" est très lourd. Il conclue, vertigineusement, l'amour enragé, absolu qui s'est exprimé
@ AdS : "Presque", merk! Un prince russe pourtant..
RépondreSupprimer@Borhen : oui, aussi.
RépondreSupprimer@Mim : merci de vos relectures.
@Brownie : t'as pas un p'tit creux, là ?
@Pittau : j'me suis fait d'ssus.
@Petite Racine : joli :o)
@Sofka : Ca coûte combien un ninja ?
@Verroust : et bien, c'est à dire que cette gamine n'est pas spécialement binaire, comme la plupart des adolescents qui ont souvent à cette période de magnifiques conflits de loyauté.
RépondreSupprimerQuant à son côté rationnel à la petiote, je vous fais remarquer qu'il est partout dans le texte : "je n'ai pas décelé" ; "j'en profitai pour maugréer un peu" ; "je me servis de cet élan" ; "je savais que s'il avait levé la main..." etc.
et vous avez remarqué ? C'est le père qui est davantage dans l'émotionnel et dans l'angoisse, c'est lui qui fait une fugue, lui qui perd le contrôle en lui mettant une gifle, lui qui n'arrive pas à tuer pour manger, lui enfin qui a des ombres et des lumières qui s'engueulent pendant son sommeil.
Merci de le souligner, donc :o)
@Depluloin : c'est que je n'ai pas de goût voyez-vous pour les princes :o)
RépondreSupprimer(à quoi ça tient, hein ?)
Patrick Verroust:
RépondreSupprimerJ'évoquais, une des phrases , je l''ai cité. Il est hors de question que je perde l'audition...", elle a mis un temps d'arrêt à l ma lecture. Mais , elle marque, peut être, la psychologie du moment de l'enfant qui est dans la maitrise, la résolution. Je ne pensais pas opposer la rationalité de l'un à l'émotionnel de l'autre. J'ai aimé le texte, j'ai été surpris de critiques que je ne comprenais pas.
J'étais, plutôt frappé par la fatalité agissante de la gamine face à l'inertie impulsive du père. Il me semblait assister à des comportements immémoriaux quasi instinctifs Le texte est fort pour tout cela.Il est trop bref pour ces critiques. Il impacte, il est très dense , empli à raz bord , le "implique ,forcément, de me perdre" est lourd d'implications.
patrick verroust:
RépondreSupprimerDécidément , je multiplie les haltes.J'ai été content de voir sur ce blog des commentaires , analyse critique du texte , que l'auteur se prêtait de bonne grâce au jeu . Je trouve que l'absence d'analyse critique est une carence, dommageable, pour l'évolution du créateur qui reste maitre de ses choix.
En l'espèce, nous avons affaire à une toute petite forme, écrite, je le suppose d'un seul jet. Je ne suis pas sur qu'il soit utile de la modifier sauf à chambouler tout le subtil équilibre qui donne la tension générale. Les maladresses, je ne dis pas qu'il y en a ici, sont souvent porteuse de significations essentielles.
Ma fille cadette m'avoua un jour avoir eu le désir de remplir toutes les cases que j'avais, ou que ma vie, avaient laissé vides...
RépondreSupprimerCe faisant elle ratait ses propres entreprises...
@Vinosse : En effet. Et combien les ratent quand ce sont leurs parents qui veulent leur faire remplir ces cases.
RépondreSupprimerAnna : un ninja noir = trois paquets de sèches et deux paquets de chocolat de cuisine.
RépondreSupprimer(Les gris et les blancs sont moins chers.)
J'ai ri à "Il était hors de question que j'aie une perte d'audition."... je ne m'y attendais pas.
RépondreSupprimerEu du mal avec la forme "qu'une gifle me retourne" car il me manque le sujet du verbe.
Je trouve que de plus en plus tu sais embarquer dans un texte sans expliquer ni détailler, j'ai l'impression de vraiment rentrer dans une histoire qui a commencé avant et qui continue.
Ni commentaire ni justification, juste ce qui se passe. Du coup je sors avec quelque chose de fort. A mon avis sur des longs textes ça doit faire merveille... des longs textes qu'on en peut pas lire ici...
T'as jeté les miettes ?
RépondreSupprimerOui la perte d'audition n'est pas acceptable.
RépondreSupprimerA défaut de ninja, il y a aussi des nains jaunes qui sont très bien.