(...) Quand Mutter m'envoie faire les courses, elle est généralement au fond de son lit, ou bien elle a reçu des menaces de la banque.
Castagnon, le visage fermé, me regarde traîner mon panier chargé et se demande comme moi ce que je vais inventer pour alourdir l'ardoise à la caisse. Nous sommes rares à avoir un compte chez lui, probablement parce qu'il l'a possédée un jour et qu'elle a fait semblant de jouir avec cet art de la simulation qui lui avait toujours permis de profiter de la reconnaissance des partenaires qu'elle savait choisir, quelconques et presque laids, empotés et malheureux au point de la confondre avec une déesse venue faire de leur vie une explosion de joie et de chants d'allégresse.
Elle se lassait rapidement du rôle, et un matin ils ouvraient les yeux et ne voyaient plus que la tête que tirait Mutter sur l'oreiller, c'est à dire le visage d'une femme qui voulait un peu savoir pourquoi Dieu l'avait faite, et pourquoi se poser la question pouvait l'entraîner à se mettre en scène dans des pièces où elle incarnait toujours un personnage principal qui ne voulait rien faire ni s'impliquer jamais, de préférence quand on lui demandait urgemment le contraire bien sûr, et une même pleutrerie m'unissait d'un pacte empathique à ces cloches, si bien que nous avalions tous sa soupe à la grimace et qu'elle croyait peut-être qu'on lui trouvait bon goût.
Ils hésitaient ou insistaient mais se retrouvaient invariablement congédiés un jour ou l'autre, le désir encore à la main et le cœur bondissant comme si enfin ils avaient mangé tout leur pain noir alors qu'ils étaient au moment où le chariot allait dévaler la pente.
L'épicier est l'exception qui l'a pénétrée en se frayant un chemin doucement sous ses jupes et qui avant de la quitter a posé la clef de son magasin sur la table de nuit.
Ils hésitaient ou insistaient mais se retrouvaient invariablement congédiés un jour ou l'autre, le désir encore à la main et le cœur bondissant comme si enfin ils avaient mangé tout leur pain noir alors qu'ils étaient au moment où le chariot allait dévaler la pente.
L'épicier est l'exception qui l'a pénétrée en se frayant un chemin doucement sous ses jupes et qui avant de la quitter a posé la clef de son magasin sur la table de nuit.
Ca ne me réjouit pas trop de penser que je mange souvent grâce à ses fesses, mais comme je ne sais pas encore très bien où je tiens le plus à placer mon orgueil, j'élude cette gêne en réfléchissant à ce que je vais lui préparer en rentrant des courses, salade libanaise, poulet au curry ou seulement du pain dur si par malheur Castagnon me fait quitter sa boutique sans mes achats. (...)
Sourires... quel dilemme..... revenir le panier plein ou vide...... bonne journée.;-)
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RépondreSupprimerAu-delà de l'écriture, de la lourdeur des mots qui traduisent la déambulation résignée de la fille,ses hontes et ses angoisses, il y a ce que contient ce récit. Il prend à la gorge avec cette "mutter" à l’égocentrisme manipulateur, sa fille,victime,spectatrice ,fascinée qui partage la pleutrerie des amants cloches dans un "pacte empathique". Elle doit se construire avec le fardeau de cette histoire et celui de sa grande lucidité. Bon courage à elle ! Il a une future proie, le Castagnon. En filigrane, se dessine une esquisse de transaction entre l'épicier et la « mutter » . Qui effacera l'ardoise ? Vivement ,le printemps.
RépondreSupprimer@Patriarch : Plein c'est mieux, bien sûr.
RépondreSupprimer@Verroust : Je ne sais pas si Castagnon est un prédateur.
Ce dilemme est vieux comme l’humanité elle-même. Il s'agit de l'engagement et du prix à payer. J'ai vendu mon corps et mon esprits pendant 40 ans à divers entreprises. La honte est de ne jamais s'engager. En argot on appelle cela le "pain de fesses", si le proxénétisme est honteux la prostitution es respectable. Ce ne sera pas moi qui jetterai...
RépondreSupprimer"Castagnon c'est moi" - si seulement j'étais un autre.
RépondreSupprimerMadame de Sandre, étant vil flatteur, je me demande bon sang pourquoi vous n'êtes toujours pas en librairie! (Juchée sur une table mouaaaaaahh! Si, on parle bien de tables... les livres de l'été, le Goncourt... an?)
(Je vous inflige le même supplice : "Mais comment se fait-il..." Moi je dis toujours : Ça rapporte rien.)
Quel homme ne rêve pas d'être une pénétrante exception ?
RépondreSupprimer@Jeanmi : Bonsoir, merci de votre lecture. "La prostitution est respectable ?" heu... non...
RépondreSupprimer@Depluloin : vous l'êtes en effet, je vous le le confirme. Créez votre maison d'édition et venez m'en reparler, pour voir ?
@PhA : Celui qui vit son rêve.
La seule chose c'est effectivement de créer une maison d'édition et de foncer. On ose à peine la ramener quand on sent bien qu'on ne va pas le faire (on l'aurait déjà fait)... Associée avec monsieur Plu, ce serait pas mal :).
RépondreSupprimerReste plus qu'à jouer au loto.
Vil flatteur n'a pas tort pour autant, preuves à l'appui.
RépondreSupprimerUn prochain post bientôt, je l'espère.
Hello!
RépondreSupprimerj'aime beaucoup!
merci du partage!
bon dimanche!