" (...) La première neige me surprend sur le trajet des commissions. Elle est précoce avec de gros flocons déchirant le ciel en morceaux émaciés, me réveille à tomber presque drue dans mes cheveux et sur mon visage à découvert, à mouiller ma nuque et mon cou comme les coups de langue froide d'un chaton qui aurait bu dans le creux d'un glaçon en fonte, et je ne sais pas si je dois en éprouver de la reconnaissance ou bien du ressentiment, en tout cas pas les deux en même temps avec mon sens des contraires qui m'empêche d'incorporer des nuances trop contrastées dans ce que je dis ou éprouve, et cela au point de figurer un monolithe quelquefois dans des situations extrêmes qui requièrent davantage de couleurs sur la palette du système D.
J'en veux dans un premier temps à l'hiver parce que les crises de Mutter vont recommencer et croître, que les pas de notre sempiternel menuet vont éreinter mon corps et bouleverser mon souffle, que la focale de mes désirs va se resserrer autour de ses lubies et que l'impérieuse nécessité de la fuir va me quitter comme un vêtement sale glissant à mes pieds et me revenir seulement vers le mois d'avril.
Certes la saison va calmer la fureur du monde tel qu'il va, et reposer mes sens et mon esprit trop lents pour l'adapter à ce qu'il ne me laisse pas encore le temps de savoir devenir, bien sûr son silence me laissera prostrée des heures entre hébétude et méditation, moments délicieux et vains que je goûte encore en le payant d'un recul de mon avenir, mais cette année voit arriver mes dix-huit ans, âge où je pourrai légalement la quitter, aussi je ne me sens pas le droit d'accueillir cette hâtive saison dans la joie qui m'empoigne d'habitude dès ses premières manifestations, et c'est l'air presque buté que j'entre dans l'épicerie de Castagnon qui pointe la réception d'une de ses commandes, le bon de livraison posé à même le dessus du plus haut carton de sa palette. (...) "
J'en veux dans un premier temps à l'hiver parce que les crises de Mutter vont recommencer et croître, que les pas de notre sempiternel menuet vont éreinter mon corps et bouleverser mon souffle, que la focale de mes désirs va se resserrer autour de ses lubies et que l'impérieuse nécessité de la fuir va me quitter comme un vêtement sale glissant à mes pieds et me revenir seulement vers le mois d'avril.
Certes la saison va calmer la fureur du monde tel qu'il va, et reposer mes sens et mon esprit trop lents pour l'adapter à ce qu'il ne me laisse pas encore le temps de savoir devenir, bien sûr son silence me laissera prostrée des heures entre hébétude et méditation, moments délicieux et vains que je goûte encore en le payant d'un recul de mon avenir, mais cette année voit arriver mes dix-huit ans, âge où je pourrai légalement la quitter, aussi je ne me sens pas le droit d'accueillir cette hâtive saison dans la joie qui m'empoigne d'habitude dès ses premières manifestations, et c'est l'air presque buté que j'entre dans l'épicerie de Castagnon qui pointe la réception d'une de ses commandes, le bon de livraison posé à même le dessus du plus haut carton de sa palette. (...) "
De nouveau n cette écriture au scalpel, une sorte de vivisection intérieure. Une dérive à dérapages contrôlés. De texte en texte , les soubresauts sont déconcertants. Un sacré fumet est servi sur ce blog,et du poil à gratter aussi, sans compter les coups sur la tête qu'attendait Kafka de la lecture.
RépondreSupprimerJe ne pense pas avoir une écriture chirurgicale. J'ai plutôt l'impression d'être une feignasse devant une pelote qui rêvasse au lieu de défaire les noeuds :-)
RépondreSupprimerCe n'est pas incompatible ! Tout dépend ce que vous entendez par "défaire les nœuds". Pour ce qui concerne votre écriture, je suis étonné par votre aptitude à décrire des situations extrêmes avec une cruauté implacable et d'exprimer, d'autres fois, une infinie tendresse.
RépondreSupprimerC'est à dire, Verroust, qu'à moins de vivre chez les Bisounours ou chez les Gremlins, nul n'échappe à la fréquentation d'êtres ambivalents. J'aime les étudier dans mes textes.
RépondreSupprimerFichtre. C'est beau et piégeux comme un tapis de neige sur un lac finement glacé...
RépondreSupprimer(Biz de la part d'un faux Mogwaï, hahaha !)
J'aime bien les articulations successives du premier paragraphe... 'Suis plus dans le doute sur les 18 ans de la nénette dans le 3ème... Ou cela doit faire grandir ou elle ne doit pas fréquenter les bahuts que je connais... (Et ne me dis pas que je fais la sortie des lycée, sinon la tournée sera pour toi ;o)
RépondreSupprimer"s" à lycée forcément.
RépondreSupprimerTu fais la sortie des lycées ? ah ben bravo !
RépondreSupprimer(allez hop, tournée générale)
(Si tu croises que des quiches c'est ton problème :o)
foutu pour elle si elle goûte si fort ses moments de solitude, sa vie entière est déjà en recul
RépondreSupprimerC.
La culpabilité dûe à l'ambivalence des sentiments, ce que je veux contre ce que je dois. Et dans ce non dit assourdissant, toute la violence de la relation entre une femme aux prises avec la folie et une jeune fille qui ne peut s'empêcher d'accorder son pas à celui de sa mère.
RépondreSupprimerQuelle écriture, Anna de Sandre ! Tenir un livre de vous entre les mains ce doit être quelque chose. Cette espèce de dureté qu'il nous faut alors entendre en nous, la nôtre de dureté, pour accueillir ce qui, de toujours, nous constitue.
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